Adieu Roger


Lorsqu’en ces jours difficiles où tu ne crois plus à rien, tu erres perdu dans la ville, dans tes montagnes, sur ton chemin, marin perdu à la recherche d’un rivage, marcheur trompé par les mirages ; il se peut que le hasard vienne à ta rencontre enfin, dans le sourire de celui qui te tend la main.

Combien de navires ballottés par la houle cherchent en vain un havre de paix ? Combien de danseurs emportés par la milonga de la vie souhaitent un ami pour se poser ? Combien de marins, de capitaines, ont levé les yeux pour trouver un phare qui leur montrerait la voie vers un meilleur demain ? 

Ce phare, ce havre, cet ami, cette lumière, pour beaucoup d’entre nous, chemineaux errant sur les routes sinueuses de la vie, c’est Roger.

Que dis-je ? Roger, c’est bien plus encore que cette puissante lumière qui transperce la nuit, c’est bien plus que ce phare qui se dresse sur sa pointe rocheuse. Roger, c’est le roc même sur lequel s’enracine le phare, c’est l’ancre à laquelle nous nous arcboutons, c’est le feu du ciel qui s’embrase sur l’horizon.

Combien ont perdus aujourd’hui un ami, un père, un papy, un frère, un oncle, un colonel, un boss, un guide, et en fait presque tout cela à la fois ? Combien cherchent à retrouver cet accolade pour les uns, cet abrazo tanguero pour les autres, dans lequel on se sentait un homme, un vrai, dans lequel on se savait une femme, une femme aimée ?

Monique, ma reine, nul ici ne possède la lumière rayonnante de ton Roger. Mais chacun de nous porte en son cœur cette petite flamme qu’il nous a léguée. A nous tous, en réunissant autour de toi ces lumignons fragiles, nous tacherons de recréer un peu de cette lumière, pas après pas, danse après danse, sourire après sourire, larme après larme aussi.

Monique, Roger, nous vous aimons très fort.


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